Auteur : Dr Nassim Bengrab, médecin généraliste à la Clinique de prévention et de dépistage de l’Institut Jules Bordet
Le dépistage du cancer du sein est une priorité dans le système de santé, et il prend une importance toute particulière lorsqu’il s’agit de patient·e·s porteur·euse·s de mutations génétiques, telles que les mutations BRCA1 et BRCA2. Dans ce cadre, le rôle du médecin généraliste devient incontournable pour garantir une prise en charge adéquate et proactive. Ce dernier est souvent le premier à entrer en contact avec ces patient·e·s, et son rôle est clé pour centraliser les informations, coordonner les soins et orienter les patient·e·s vers les spécialistes appropriés.
Le médecin généraliste assure la continuité des soins en veillant à la mise en place des examens complémentaires nécessaires, conformément aux recommandations en matière de dépistage. Selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 5 à 10 % des cancers du sein sont liés à des mutations génétiques héréditaires, principalement les mutations BRCA1 et BRCA2. Le rôle du généraliste est donc primordial dans le suivi de ces patient·e·s, non seulement pour garantir que les échéances de dépistage sont respectées, mais aussi pour accélérer la prise en charge en cas de doute diagnostique ou de découverte d’une lésion.
Une des responsabilités essentielles du médecin généraliste est d’assurer un suivi global de la santé de ses patient·e·s. En plus des risques liés aux mutations génétiques, il doit aussi veiller à la prise en charge de tout autre type de cancer qui pourrait ne pas être directement lié à ces mutations. Cette approche holistique est indispensable, car elle permet de tenir compte de l’ensemble des facteurs de risque auxquels le patient pourrait être exposé.
L’évolution rapide des connaissances en génétique modifie les pratiques en matière de dépistage et de prévention des cancers. Le médecin généraliste, en tant qu’acteur de proximité, doit être constamment informé des avancées scientifiques. L’ère de la médecine personnalisée est en marche, et la gestion des patient·e·s à haut risque, qu’ils soient porteurs ou non de mutations génétiques, nécessite une attention particulière. Dans un contexte où les tests génétiques deviennent plus accessibles et plus fiables, une sensibilisation accrue aux enjeux du dépistage est essentielle. Le médecin généraliste doit également être en mesure de répondre aux nombreuses questions de ses patient·e·s concernant la génétique, les risques associés et les stratégies de dépistage.
Les données montrent qu’environ 20 % des patient·e·s atteints de cancer du sein ont un antécédent familial de la maladie, mais seulement une minorité d’entre eux a bénéficié d’une consultation en oncogénétique. C’est pourquoi il est crucial de discuter de l’historique familial de cancer de manière proactive. Parfois, des familles peuvent entretenir des tabous autour de ce sujet, ce qui empêche la détection précoce des risques. Le généraliste doit être en mesure d’aborder ce sujet avec délicatesse et d’aider le patient à construire un arbre généalogique pour mieux évaluer les risques. Une étude réalisée par l’Institut National du Cancer (INCa) a révélé que, parmi les patient·e·s porteurs de mutations BRCA1 et BRCA2, le dépistage régulier permettait une réduction de la mortalité par cancer du sein de 40 %.
Le rôle du médecin généraliste dépasse également le simple conseil sur les dépistages : il doit être un soutien psychologique dans la gestion de l’anxiété liée aux tests génétiques et à l’annonce de résultats préoccupants. La découverte d’une mutation génétique, ou l’élévation du risque de développer un cancer, peut avoir un impact psychologique majeur. Selon une étude menée en 2019 par la Fondation pour la Recherche Médicale, plus de 60 % des patient·e·s porteurs de mutations génétiques rapportent des niveaux élevés de stress après l’annonce de leur statut génétique. Le médecin généraliste doit donc être capable de gérer ces aspects émotionnels, en orientant les patient·e·s vers des psychologues ou des conseillers spécialisés, tout en répondant aux préoccupations qu’ils peuvent avoir.
Pour les patient·e·s ayant plusieurs cas de cancer dans leur famille mais n’ayant pas encore consulté un oncogénéticien, il est important de souligner que bien que la génétique joue un rôle, de nombreux autres facteurs influencent le risque de cancer. Des éléments comme l’alimentation, le tabagisme, le stress et l’activité physique sont également des facteurs déterminants dans le développement de la maladie. Les médecins généralistes doivent rassurer leurs patient·e·s : même en présence de mutations génétiques, tous les membres d’une même famille ne développeront pas nécessairement un cancer. L’impact de ces mutations peut varier considérablement d’une personne à l’autre en fonction de leur mode de vie. Ainsi, il est crucial de ne pas céder à la panique, mais de consulter un oncogénéticien pour mieux évaluer le risque individuel.
L’Institut Bordet à Bruxelles, avec sa Clinique de prévention et de dépistage du cancer, illustre parfaitement l’importance de ce type de prise en charge. La clinique propose deux types de consultations : une consultation de prévention pour les personnes considérées comme “à risque moyen” et une consultation dédiée aux patient·e·s à haut risque. Lors de la première, un entretien détaillé des antécédents familiaux et personnels est réalisé, suivi d’un examen physique complet. En fonction de l’anamnèse et des résultats de l’examen, des examens complémentaires sont prescrits, et le patient est suivi régulièrement. Pour les personnes à haut risque, un médecin référent est désigné et un suivi annuel est proposé. Ce suivi personnalisé permet de mieux gérer les risques en ajustant les stratégies de dépistage en fonction de chaque situation. En outre, des sujets comme la fertilité et la prise en charge en cas de grossesse sont abordés lors de ces consultations, ce qui permet d’assurer une prise en charge complète et multidisciplinaire.
L’importance du dépistage, particulièrement dans le contexte des cancers génétiques, est aujourd’hui plus que jamais un sujet d’actualité. Le cancer est la deuxième cause de mortalité en Belgique, derrière les maladies cardiovasculaires, et touche de plus en plus de personnes. Avec une population qui vieillit et une augmentation des facteurs de risque liés au mode de vie, le rôle des médecins généralistes dans la prévention et le dépistage est plus crucial que jamais. Nous devons rappeler à nos patient·e·s l’importance de la prévention, et nous devons aussi être à la pointe des connaissances scientifiques pour offrir les meilleures recommandations possibles.
La médecine génétique et les nouvelles avancées dans le domaine du dépistage nous permettent d’espérer une réduction des cas de cancers graves, mais cela nécessite un engagement constant de la part des médecins généralistes. Notre rôle n’est pas seulement de traiter, mais aussi de prévenir et d’accompagner nos patient·e·s dans un parcours de soins global, en tenant compte de leur histoire familiale, de leur génétique et de leur mode de vie.



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